Rendez-vous avec « Le Diable »

  photo« Le Diable » me dit qu’il n’est pas méchant. Et au fond, je veux bien le croire. Pas très grand, quelques cheveux blancs, des yeux bleus délavés et surtout un accent provençal qu’accompagne cette voix rocailleuse. Une voix qui vous donne l’impression d’avoir vécu, d’avoir traversé le temps et d’avoir tant de choses à dire. Ces choses-là, Jean-Claude Kella les écrit désormais.

   Nous avons rendez-vous avec Jean-Claude Kella dans un café africain rue Notre Dame, à Toulon. Il nous dit détester les séances de dédicaces qui se tenaient tout le week-end au Salon du Livre, mais aimer rencontrer des gens, comme ce fils d’un ancien de la PJ venu lui aussi présenter son livre. « Le Diable » ou « Les Yeux Bleus », des noms qui lui avaient été donnés lors de son entrée dans le grand banditisme. Bref, vous l’appelez comme vous voulez, mais Jean-Claude Kella est bel et bien aujourd’hui un repenti. A 66 ans, dont 25 passés dans les geôles américaines et françaises, ce survivant de la French Connection a trouvé sa nouvelle passion : l’écriture.

   photo3Un an après son premier roman « L’Affranchi », Jean-Claude Kella sort aujourd’hui « Hold-Up » qui relate le casse de la Banque de France de Toulon en décembre 1992. Ce jour-là, une dizaine de braqueurs au visage caché s’empare de, selon le chiffre officiel, 146 millions de francs. Ce qui représente trois fois la somme du fameux « casse du siècle » à Nice mené par Albert Spaggiari en 76. Un braquage « propre », sans effusion de sang, mais avec tout de même une prise d’otage. Celle de Manu, vigile à la Banque de France et à qui on met une ceinture d’explosifs. Jean-Claude Kella ne participe pas à ce braquage. En 92, il est en prison. Mais ce livre est un portrait croisé d’un des braqueurs qu’il connaissait, Marc, et de la victime, Manu. Dans ce livre « toute la vérité est dite », assure Jean-Claude Kella. Et pour sûr, qu’on y apprend des choses.

Ecoutez l’interview dans son intégralité de Jean-Claude Kella.

   Jean-Claude Kella est né en 1945 au Mourillon à Toulon. Il se destine à être coiffeur à bord d’un paquebot « pour faire le tour du monde ». Mais il n’en sera pas ainsi. Après une altercation avec son patron qui lui avait volé ses 10 francs de pourboire, l’adolescent prend le chemin de la délinquance. Il n’a que 14 ans. Plus tard, après une sortie de prison en 67, le jeune homme rencontre Laurent Fiocconi, dit « Charlot ». Après quelques braquages, les deux compagnons entre en lien avec des figures du grand banditisme, comme le caïd Marseillais Francis Le Belge, et deviennent passeurs dans la French Connection. Quand on lui demande s’il regrette son passé, Jean-Claude Kella nous assure que non. Son seul regret est d’avoir « causer des soucis » à sa mère. Mais il se défend en affirmant que les dangers de l’héroïne qu’il remettait à la mafia n’étaient pas aussi connus qu’aujourd’hui. « Je ne peux pas regretter ce que je ne connaissais pas ». Concernant son passé de braqueur, « Ce sont les banques qui nous volent, pas l’inverse. Les banques ne peuvent pas être considérées comme des victimes ».

Aujourd’hui, Jean-Claude Kella habite Nice mais revient régulièrement à Toulon pour y voir ses deux fils de 31 et 33 ans. Aujourd’hui salarié d’une entreprise de sécurité, Jean-Claude Kella nous avoue penser à arrêter pour se consacrer à l’écriture. Pas d’inquiétude : « Le Diable » ne renouera jamais avec le Milieu ! Enfin, je crois…phot1o

« L’Affranchi » aux éditions du Toucan.

« Hold-Up » aux éditions Don Quichotte.